Edition 2007

Apprendre ensemble, les savoirs en réseau



Les rapports aux savoirs et à la culture apprenante changent profondément notre perception du monde et notre façon de travailler, de se socialiser.


La thématique apprenante et ces transformations est la tendance lourde de l’Internet de ces 12 derniers mois. Elle est prégnante et interroge toutes les composantes de la société : vie privée, vie professionnelle, vie sociale et vie publique. Elle se décline sous des thématiques habituelles et grandes questions traditionnelles des sociétés démocratiques contemporaines :

Comment évolue le système éducatif avec l’Internet ?
Quid de l’éducation tout au long de la vie ?
Comment et où trouver une information qualifiée et valide pour ses besoins ?
Comment et avec qui travailler en réseau ?
Comment et pourquoi utiliser des outils technologiques et des « multi-médias » pour apprendre, élaborer, coopérer, échanger ?
Comment s’organiser collectivement pour créer une valeur ajoutée à de l’information ?
Comment faire reconnaître et valoriser ses compétences dans le monde d’aujourd’hui en utilisant Internet ?
Comment entreprendre dans un contexte où le partage du savoir devient la règle ?

Il y a d’abord le rapport au savoir qui change : il n’est plus monolithique (transmissif) mais se constitue dans une interaction quasi permanente remettant en cause les pouvoirs et la verticalité hiérarchique traditionnelle des organisations de notre société (celui qui détient le savoir, celui qui le dispense, celui qui le reçoit). Il n’y a plus de frontière stricte entre l’apprenant et l’enseignant/formateur.

Dans cette nouvelle structuration, les repères manquent :
- les rapports enfants-parents sont bouleversés ;
- les rapports enfants-enseignants le sont aussi ;
- dans les entreprises, les structures hiérarchiques managériales classiques sont remises en cause ;
- dans la vie sociale, de nouveaux médias apparaissent dans l’espace démocratique local.

Le pouvoir des savoirs est un enjeu de société investi par le secteur économique privé

D’une façon générique, les citoyens renforcent leur expressivité sur Internet. Cela remodèle le pouvoir informel d’une société civile face à la démocratie représentative ; les deux s’opposant plus que se complétant.

Les médias dominants se renforcent et se positionnent davantage en intermédiaires dans le traitement de l’information qu’en producteurs. Ils investissent le champ crucial des savoirs et tiennent à se substituer de plus en plus comme références de bases de connaissance par rapport aux « transmetteurs » de savoirs traditionnels (école, parent, famille, amis, structures associatives, intégration dans la Cité).

En parallèle, les relais d’information (data) se renforcent et transforment, capitalisent, compilent et mixent les données éparses pour co-créer, donner de la valeur économique dans la production et l’échange de savoirs avec des personnes qu’ils connaissent ou pas dans un univers de vie non virtuel.


Les temps et les espaces bouleversés qui produisent des effets de rupture et une désocialisation pour les plus faibles

Le flot des années que nous vivons est transformé par un rapport au temps (chronophage), à l’espace (de plus en plus découpé en séquences de vie : quotidien, loisir, travail).

L’espace se concentre pour les personnes maîtrisant les nouvelles technologies qui bénéficient d’un écosystème local extrêmement favorisé en infrastructures de connexion et de mobilité, et en même temps d’un espace culturel et médiatique de proximité, rejetant au loin les classes moyennes et classes populaires dans des espaces de vie ruraux et éparpillés où les savoirs et les connaissances ne sont pas immédiatement et tangiblement disponible pour apprendre sur des temps longs.

Les temps de vie quotidienne connectés envahissent la vie quotidienne. C’est la connexion permanente qui devient la règle, la référence pour aller chercher toute information, la recouper avec d’autres. L’Internet devient un lieu d’auto-apprentissage de la vie essentiel, créant une rupture générationnelle importante chez les moins de 25 ans avec les autres générations. Le cadre familial s’en trouve remis en cause.

La coupure entre les différentes sphères de temporalité : vie privée, vie professionnelle et vie de loisirs s’estompent. Le continuum entre ses sphères est la capacité de connexion permanente. Elle devient un atout de construction et d’évolution dans la vie professionnelle indispensable.

L’allongement de la vie fait que 4 générations se fréquentent dans les rapports familiaux et qu’elles ont des rythmes d’apprentissage des technologies et un rapport aux technologies fort différent allant de mono-usages basiques (courrier électronique, navigation) à des usages interactionnels rapides présents (messagerie instantanée, SMS et mms…).

Les ponts intergénérationnels d’apprentissage sont peu présents dans la société européenne. La transmission générationnelle des savoirs et savoir-faire est essentielle et les multi-médias investissent cette thématique aussi bien par le marchand que le non-marchand.


Construire une identité numérique est une variante de la capacité d’investigation des champs de connaissance sur le Web.

Ne pas « être » sur Internet, c’est-à-dire avoir une identité numérique, va devenir de plus en plus handicapant. De même, maîtriser son identité numérique (puisqu’elle est souvent présente pour l’individu lambda qui n’a pas forcément demandé à voir son nom figuré quelque part) nécessite une base de connaissances et de savoir faire qui n’est pas à la portée de tous immédiatement.

L’enjeu de la maîtrise de l’identité en ligne est un résultat d’apprentissages de l’Internet et de l’informatique et une compréhension des mécanismes de fonctionnement d’une série de paramètres et de stratégies économiques.


La recréation d’un champ de l’apprentissage et des savoirs en réseau par des capacités d’expressivité, d’échange et d’innovation sociale

Des problématiques essentielles relayées par des leaders d’opinion et des acteurs associatifs imprègnent fortement la société aux yeux de l’opinion publique : l’avenir de la planète et la précarité grandissante sont deux thématiques qui renvoient à de nouvelles capacités à réfléchir et à formaliser les processus de vie et ses rapports aux techniques et donc aux technologies.

Un précariat grandissant, résultant d’un salariat devenant une valeur de plus en plus rare, refaçonne le paysage du travail et des champs économiques et financiers dans un univers mondialisé.

Face à cela, le paysage local de l’emploi se concentre de nouveau sur des services de proximité remettant au cœur des débats l’innovation sociale.

Le territoire devient la charnière de plus en plus pertinente pour penser, agir, s’exprimer avec des outils technologiques. Il concentre une culture d’apprentissage et de savoir-faire à réorganiser ou à mettre en réseau pour des échanges qui s’élaborent dans le secteur public, non-marchand et marchand.


Conclusion

Les REWICS doivent donner des clés, des repères et des projets aux participants pour se repérer dans ce monde de la société des connaissances en mouvement permanent et leur permettre d’élaborer un parcours individualisé pour coapprendre.


Jean-Luc RAYMOND

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