Edition 2007

Psy en ligne, une mode ou un nouveau moyen de se dire ?



Depuis quelques années, le Chat ou la téléphonie par Internet sont devenus rapidement des moyens de communication usuels.
Des psychologues, dont je fais partie, acceptent d’accueillir, ponctuellement, des demandes de consultation sur Internet. A tort ou à raison ? Chacun se fera son opinion.
Les pécéphobiques et les rigoristes moralisateurs crieront au scandale !
Les sceptiques se tâteront encore longtemps et d’autres ouverts aux nouvelles technologies, trouveront une bonne idée d’expérimenter ce nouveau moyen particulier d’être à l’écoute.


Psy en ligne, une mode ou un nouveau moyen de se dire ?
Mon expérience de psy en ligne
C’est cette envie là que j’ai suivie. Un peu par la force des choses d’abord.
En effet, il y a 3 ans, en travaillant comme psy, dans l’émission de radio « Sans Interdit » sur NRJ, j’intervenais en direct, auprès d’un public essentiellement composé d’adolescents. Simultanément, de nombreux jeunes me posaient des questions en live sur le Chat de l’émission. Là, j’ai bien vite senti que c’était le moyen le plus direct et le plus recherché par les ados, pour « parler » à un professionnel.

J’écris « parler » car le Chat est devenu un véritable langage. J’ai d’ailleurs eu besoin d’un temps d’adaptation pour déchiffrer ce langage à la phonétique tellement singulière.
Mais pourquoi étaient-ils 50 environ par soirée, à me demander un rendez-vous dans un salon de Chat privé ?
Et bien, ils attendaient de l’écoute, des confirmations et des conseils par rapport à leurs vécus.
Et, à chaque nouvelle émission, ils revenaient pour parler encore et encore, pour me donner des nouvelles et pour me remercier.
Ils n’auraient jamais été rencontrer un psy, dans un cabinet de consultation. Mais là, sous le couvert de l’anonymat, ils parlaient et parlaient encore de leurs problèmes.
Je n’en attendais pas tant… En fait, au début, j’étais sceptique aussi mais au fur et à mesure de mes rencontres avec eux, la certitude de répondre à de réels besoins, s’est consolidée.

Les ados, ok mais les adultes, alors ?
Je me suis posé la question de savoir si cette expérience positive avec les ados était transposable avec les adultes.
J’ai vécu mes premiers débuts de psy en ligne, il y a deux ans, avec une patiente qui était partie, pour des raisons professionnelles, vivre à l’étranger. Nous avons travaillé sur Skype, par la voix avec la Web Cam. Des séances de 30 à 40 minutes, une fois par semaine. Cela nous aura permis de prolonger quelques mois notre travail et de la préparer à prendre contact avec un psy, là-bas à Montréal. Nouvelle expérience positive.
Depuis lors, une trentaine de personnes m’a demandé un entretien sur Skype ou MSN.

Quel public consulte-t-il en ligne ?
Des personnes qui n’avaient de prime abord, aucune intention d’entreprendre une thérapie et d’aller rencontrer un psy. J’y ai rencontré surtout des hommes.
Souvent des personnes qui avaient juste un besoin ponctuel d’exprimer une souffrance, un questionnement ou un doute…

Par exemple ce Monsieur qui se demandait si il souffrait de jalousie pathologique parce qu’il ne trouvait pas normal que son épouse sorte danser trois fois par semaine, jusque tard dans la nuit, avec des amis, mais toujours sans lui…
Nous ne nous sommes rencontré qu’une seule fois, sur Skype, pendant ¾ d’heure.
Je lui ai proposé de rencontrer un thérapeute en chair et en os mais il n’en avait absolument pas le désir… Il m’a simplement dit que cela lui avait fait du bien d’avoir été écouté par un spécialiste et que cela lui avait permis d’y voir déjà un peu plus clair. Je ne sais absolument pas ce qu’il en a fait.

Un autre homme qui me contactait depuis la France m’a parlé pendant des heures et des heures de ses relations de couple tumultueuses. J’avais beaucoup de mal à le suivre et à pouvoir en placer une… Je devais le recadrer tout le temps pour qu’il essaye de reformuler ses questions, il n’y est à mon sens jamais parvenu. Cependant, il avait besoin de parler et d’être écouté. Il n’attendait pas le moindre conseil de ma part.

Mais peut-on parler de psychothérapie en ligne ?
Pour ma part, c’est NON. Je crois qu’on ne peut absolument pas faire un travail de psychothérapie profond sans avoir la personne en face de soi. Je crois que rien ne remplacera jamais la vraie rencontre, où le patient met également son corps au travail dans le processus psychothérapeutique.

Cependant, je suis intimement convaincu qu’une consultation en ligne, sous forme d’un ou plusieurs entretiens peuvent aider des tas de gens qui ne sont pas prêt à prendre un rendez-vous chez un psy. Néanmoins, ces personnes s’autorisent parfois à en parler plus librement sur Internet, avec un professionnel et cela leur convient comme cela. C’est ni bien, ni mal, c’est comme ça.
J’ai pu constater aussi parfois que cela permettait à certaines personnes d’entrer en contact avec le monde des psys et d’entreprendre par la suite, une vraie psychothérapie.

Le cadre et les règles de fonctionnement
Contrairement à la psychothérapie face à face, je ne propose jamais de rendez-vous suivant. Si la personne le souhaite, elle sait qu’elle peut m’envoyer un email pour un autre entretien.Elle peut aussi rappeler notre service psy en ligne, mais elle sera peut-être reçue par un autre psychologue de notre équipe, en fonction de nos tours de garde.
Il s’agit vraiment de réponses ponctuelles au cas par cas.
Ce service payant est anonyme. Les séances durent 35 minutes. Les quatre psychologues de notre équipe qui répondent sont tous formés à l’écoute ou formateurs à l’écoute. Nous découvrons et cheminons ensemble par rapport au psy en ligne. Nous évaluons régulièrement le type de demandes qui nous sont adressées. J’ai décidé de continuer à répondre aux ados sur NRJ et nous avons décidé de poursuivre l’aventure du psy en ligne parce que nous avons la conviction que ce travail a du sens.


L'équipe de www.psy.be

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